De l’écriture des caractères aux premiers textes de la littérature chinoise : l’Idiot chinois de Kyril Ryjik

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.

Entrez votre adresse email:

Même si elle en est venue, à travers les différentes époques de l’histoire chinoise et de façon plus systématique à partir du début du XXème siècle, à transcrire le langage parlé, et par conséquent à servir de support à toute une littérature populaire, l’écriture chinoise avait été conçue d’abord comme un système écrit, autonome et radicalement différent d’un mécanisme de codage de la langue parlée. C’est là sa grande originalité vis-à-vis des autres formes d’écriture, alphabétiques ou phonétiques.

Face à ce qu’il identifiait comme un problème philosophique qui excédait les limites de la sinologie, comme un idiotisme de la civilisation chinoise qu’il convenait de comprendre, le philosophe Kyril Ryjik se pencha il y a une trentaine d’années sur le fonctionnement de ce système qu’il qualifia de « mnémographique », avec l’ambition d’en identifier la logique et les mécanismes.

Il entreprit ainsi de proposer à un large public, intéressé mais non spécifiquement spécialiste de la Chine, son « initiation élémentaire à la lecture intelligible des caractères chinois » : l’étude d’une écriture destinée à conserver la mémoire des évènements et de l’activité humaine, y compris intellectuelle et sociale, sans « la médiation du langage », un outil de transmission de message commémoratif et destiné à demeurer tout au long de son histoire, y compris l’époque contemporaine, hautement symbolique. Kyril Ryjik entreprenait ainsi de décrire le monde sémiotique particulier de l’écriture chinoise dans son Idiot Chinois.

On a tord de parler d’idéogrammes à propos de l’écriture chinoise : en réalité, parmi les caractères, il en existe très peu que l’on puisse considérer comme tels. Ce sont plutôt des graphies recelant la mémoire des faits — des pictogrammes, à la fois dessins et symboles. Ces « mnémographes » sont constitués le plus souvent d’un nombre variable d’éléments qui ont été combinés dans le caractère, et qu’il est encore possible de réutiliser pour créer indéfiniment de nouveaux signes.

L’évolution au cours de l’histoire des caractères chinois est caractérisée par des remodelages graphiques, du fait de leur manipulation même et des transformations qu’impliqua le passage de la gravure à l’écriture au pinceau. Il fallait toujours pourtant au cours des âges interpréter et mémoriser ces signes : les gloses dont ils firent l’objet devinrent le reflet de la mentalité et de la pensée des Chinois. Mais l’évocation d’un sens fut toujours exigée, et c’est pourquoi, contrairement à l’égyptien, l’écriture chinoise n’est pas devenue phonétique.

La connaissance des caractères étant acquise, reste la principale difficulté de lecture des textes écrits : le découpage en blocs sémantiques de mots ni déclinés ni conjugués. Comme les caractères sont invariables, il n’existe pas de grammaire chinoise constituée de règles de transformation des termes. Par des exemples issus du Dao De Jing, œuvre de la littérature chinoise parmi les plus anciennes et au contexte obscur, Kyril Ryjik montrait la difficulté de structurer ce type de texte pour en déduire une interprétation correcte. Alors se produira aux époques suivantes un foisonnement d’autres textes littéraires supposés éclaircir et interpréter les précédents, et qui furent surtout révélateurs des conceptions philosophiques et historiques de leurs auteurs : ils permettent ainsi d’entreprendre une anthropologie de la Chine, et tout particulièrement de montrer le poids du politique dans la pensée chinoise.

Toujours disponible chez Payot, le second volume de l’Idiot Chinois, paru en 1984.

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »